La chirurgie mini-invasive, apparue dans les années 1990, a révolutionné la pratique chirurgicale après des centaines d’années où la chirurgie ouverte fut la règle. Finies les grandes ouvertures et leurs cicatrices, trois petites incisions suffisent. On opère désormais « à ventre fermé ». Les chirurgiens français ont été parmi les premiers au monde à se lancer. Ils seront également les pionniers de la chirurgie robotique qui va suivre dix ans après. Une deuxième révolution ! Pour la première fois, le chirurgien est à distance du patient et réalise l’intervention assis à une console et dirige la caméra et les instruments. « En termes de santé publique, l’intérêt premier a surtout été de permettre un plus fort taux de chirurgie mini-invasive », rappelle le Dr Jean-Claude Couffinhal, chirurgien thoracique et vasculaire au CH d’Argenteuil et auteur d’un rapport sur le sujet pour l’ARS Île-de-France*. La chirurgie robot-assistée a permis d’accélérer la conversion de la chirurgie traditionnelle à la chirurgie mini-invasive. Au Danemark, ce choix du « tout-robotique » a ainsi fait grimper le taux de chirurgie mini-invasive à 80 % dans toutes les spécialités.

Le développement de la chirurgie robotique a surtout été lié au succès du robot da Vinci (DV), longtemps en situation de monopole : au 13 octobre 2020, on comptait 157 robots, dont 154 DV. Les établissements privés disposent de plus de 60 % du parc national. Contrairement à d’autres pays, l’absence de vision institutionnelle a été à l’origine de profondes inégalités territoriales, d’autant que les prix élevés du DV ont permis aux seuls très gros établissements d’y prétendre. Ainsi en Île-de-France, si l’on compte un appareil pour 200 000 habitants à Paris et dans certains départements de la petite couronne, le rapport passe à 1 pour 2 700 000 dans la grande couronne, avec pour résultat des différences importantes sur les taux de chirurgie ouverte. Versius va probablement changer la donne.

Robot chirurgical Versius

Robot chirurgical Versius. © A. D.

Démocratiser la chirurgie robotisée

Développé en Inde, son marquage CE a été obtenu en 2019, parallèlement à une certification en Australie. Au Royaume-Uni, les premières installations ont eu lieu grâce à un engagement fort du NHS. « C’est un robot multi-bras, d’une implantation facile, pouvant être déplacé d’une salle de bloc opératoire à l’autre, en raison d’un poids réduit. La gestuelle du chirurgien se rapproche de celle de la coeliochirurgie manuelle », souligne Jean-Luc Pons, le président de la CME d’Argenteuil. Pour le Dr Hubert Oro, chirurgien urologue qui a été le premier à utiliser le robot, « le maître-mot est la souplesse, qui laisse une grande liberté au chirurgien. Ses bras indépendants permettent de placer les trocarts de la même façon que pour une chirurgie manuelle. J’ai donc la possibilité d’allier robot-assistance et chirurgie manuelle. Ce qui est très appréciable ».

Le maître-mot est la souplesse, qui laisse une grande liberté au chirurgien
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