Au siège parisien ce jour-là, c’est le branle bas de combat. Les livraisons de boîtes de lait doivent impérativement être effectuées dans le week-end pour éviter le dépassement de la date limite d’utilisation optimale des produits. "On a quelques nuits blanches devant nous", sourit Sami Tayb-Boulahfa, 29 ans, fondateur de l’association Pharma Solidaires. Dans ces locaux prêtés par le Secours populaire, au coeur du XXe arrondissement, le sol est à peine visible et les murs sont recouverts de centaines de paquets contenant des bas de contention de toutes les tailles.

Cela fait plus de quatre mois que l’association, fondée en mai 2019, a investi les lieux, qui sont désormais submergés par les dons. Il faut dire que depuis l’émergence duCovid-19, les demandes de la quarantaine d’associations partenaires ont explosé, obligeant Pharma Solidaires à redoubler d’efforts pour collecter et redistribuer les invendus et produits périmés des officines, des grossistes ou de simples particuliers. Outre les produits d’hygiène, sparadraps, compresses, bas de contention ou encore béquilles, les "pharmaciens solidaires" ont étendu leur champ d’action au lait et aux petits pots pour bébé. Des produits souvent chers, qui pèsent lourd dans le portefeuille de nombreuses familles.

"Un jour, on a reçu un appel de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (AP-HP) pour fournir du lait à une maman sans abri. On n’en avait pas, donc on en a acheté. On a eu un deuxième appel, on a encore acheté. Puis on s’est dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire", raconte le jeune président de l’association, qui précise que les boîtes de lait, offertes par les entreprises Danone et Nestlé, sont "des produits qui n’auraient pas pu être commercialisés dans le circuit classique" du fait de leur date d’expiration très courte. Au total, grâce à la quinzaine de bénévoles, ce sont plus de 30 tonnes de lait qui ont pu être distribuées, pendant l’été, à des personnes dans le besoin. Une opération qui a permis de mettre un coup de projecteur sur l’association qui oeuvre depuis sa création pour réduire les inégalités médico-sociales.Ainsi, plus de 500 produits d’hygiène ont pu être utilisés par des sans-abri parisiens, et 3 300 protections intimes  remises à des femmes seules. Des centaines de  pansements ont également été offerts à l’association Aurore, qui héberge et soigne des personnes toxicomanes en Île-de-France. "À l’hôpital, on reçoit beaucoup d’échantillons de pansements pour les tester. Ceux-là, par exemple, sont périmés depuis hier, montre le pharmacien. Mais s’ils ne contiennent pas de principe actif et ne sont en fait qu’une compresse et du sparadrap, il n’y a pas de danger. Au pire, il collera un peu moins."  Des produits qui auraient été jetés ou laissés au placard si Sami Tayb-Boulahfa n’était pas intervenu.

Un manque d’humanisme dans les officines

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