On se souvient que la « réforme Obama » finalement mise en œuvre à la fin du second mandat du président démocrate n’était qu’une reprise de la réforme voulue par Hillary Clinton près de quinze années en amont. Le primum movens avancé pour cette réforme d’ampleur* était l’institution d’une couverture maladie universelle aux États-Unis, en particulier pour assurer la prise en charge des 40 à 50 millions de homeless (SDF, marginalisés) qui étaient régulièrement comptabilisés.

La littérature internationale est plutôt avare d’articles sur le sujet du renoncement aux soins. Deux articles – l’un suisse (1), l’autre nord-américain(2) – permettent cependant de traiter valablement la question.

Niveaux de revenus et délais de rendez-vous

Dans le premier, les auteurs, de la division des soins primaires des Hôpitaux universitaires de Genève, ont réalisé une étude à partir d’un échantillon de population représentatif. Plus de 1 600 sujets (de 35 à 74 ans) des deux sexes ont été interrogés sur leur consommation de soins après avoir été répartis dans six classes selon leur niveau de revenus (dans un rapport de 1 à 6). Sans surprise, près de 200 sujets (15 % de l’échantillon et 30 % dans la classe aux plus faibles revenus) indiquaient un renoncement aux soins, négativement et significativement corrélé au niveau de revenus.

Certes, les soins dentaires apparaissaient en premier comme objet de renonciation. Cependant, la corrélation négative persistait même après avoir sorti le dentaire de l’analyse statistique : les consultations spécialisées et l’achat de dispositifs médicaux étaient alors concernés. En conclusion, les auteurs alertent sur les risques qui pèsent sur la santé de la population, y compris dans un territoire « favorisé » comme le canton de Genève.

Le second article est le fait de la Commonwealth Fund, puissante organisation non gouvernementale américaine dédiée à l’organisation des systèmes de santé. Il examine les dispositifs de protection sociale de onze pays (deux d’Amérique du Nord, deux d’Océanie, deux de Scandinavie, et de Suisse, d’Allemagne, du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de France) et dans quelle mesure ces dispositifs influent sur la consommation de soins (selon le niveau de revenus des populations concernées).

À noter que l’étude est fondée sur des interviews d’échantillons de population (entre 1 000 et 3 500 sujets par pays), ce qui est bien plus fiable que l’exploitation des données habituellement transmises aux organismes internationaux et généralement peu homogènes. L’article fournit des indications comparatives et intéressantes sur les délais pour avoir accès à un soignant, pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste, ou encore pour subir une intervention chirurgicale.

tableau

Exemples de renoncement aux soins au cours des douze derniers mois, au sein d’un échantillon représentatif d’habitants (de 35 à 74 ans) du canton de Genève, Suisse (crédit HUG)

Pour l’essentiel, l’étude confirme à l’échelle des onze pays analysés qu’il existe une relation inverse entre le niveau socio-économique des populations et l’accès aux soins. Bien plus, les auteurs concluent pour les États-Unis que les adultes âgés dont les revenus sont faibles font face à un double risque : d’une part, une morbidité accrue et, de l’autre, des difficultés d’accès aux soins. Pour finir de manière prospective, on peut signaler une étude (3) en cours, à l’initiative du CHU de Grenoble, analysant l’impact de la renonciation aux soins chez des insuffisants respiratoires chroniques. Au total, 300 malades doivent être inclus, et les résultats sont attendus pour 2024. 

* Après vingt ans de recul, c’est finalement d’une réforme du système de santé tout entier qu’il est question, accordant une priorité aux soins primaires, à l’exercice pluriprofessionnel et incluant une révolution des modes de rémunération ; c’est peu dire que l’administration Trump se défie de cette réforme.

 

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