« Je ne saurais trop dire ce qui m’a conduit à devenir pharmacien, lance Thomas Petit. J’ai fait ce choix alors que j’étais encore au collège, car j’ai toujours eu une admiration pour ce métier. Dans ma famille, c’est le pharmacien qui est le référent santé, davantage que le médecin. » Féru de sciences et de chimie, il est attiré par « la rigueur scientifique de cette profession et les matières qu’on ne retrouve pas dans d’autres métiers, comme la pharmacocinétique ou la pharmacodynamique ».

Septembre 2012, il intègre la Paces à l’université de Dijon. Plutôt bien classé au concours de fin de première année, il s’interroge alors sur son orientation. Un doute vite balayé : il opte pour des études de pharmacie, avec le souhait de s’orienter vers la recherche et l’enseignement : « Je voulais choisir la filière internat qui donne accès à plusieurs métiers de la pharmacie : la recherche, la pharmacie hospitalière ou la biologie médicale. » Au fil des rencontres et des stages, son projet se peaufine : « Très vite, j’ai su que je voulais devenir le spécialiste du médicament, celui qui a son mot à dire sur le traitement du patient. J’avais donc le choix entre l’officine ou la pharmacie à usage intérieur (PUI) à l’hôpital. Mais cette deuxième option n’offrait pas assez de contacts avec les patients... »

Au coeur de la prise en charge

Thomas Petit effectue des stages avec une pharmacienne d’officine qui, dès la deuxième année de ses études, lui donne « l’envie d’exercer ce métier, mais pas forcément pour les bonnes raisons ». Car en stage, s’il avait notamment pour mission de préparer les entretiens pharmaceutiques avec les patients, « ce qui était très valorisant », aujourd’hui, « même si j’en fais encore beaucoup, je fais davantage de dispensation. Ce que j’avais moins appréhendé lors des stages ». Son métier, tel qu’il l’imagine, n’est donc pas celui qu’il peut exercer aujourd’hui…

Il admet pourtant que les actes confiés aux pharmaciens ces dernières années, comme le bilan partagé de médication(1) ou l’entretien pharmaceutique des patients asthmatiques ou sous anticoagulants, représentent une avancée. « Ça l’est surtout pour le bilan de médication qui, pour moi, est comme une analyse de l’ordonnance permettant de remettre en question, si besoin, la prescription. Le pharmacien se positionne comme un professionnel du médicament : c’est ce que je veux ! » Mais il regrette de ne pas disposer des prérogatives en lien avec ses compétences : « Les pharmaciens détiennent toutes les connaissances sur le médicament, mais notre valeur ajoutée n’est pas reconnue. Elle est entre les mains du médecin. » Il déplore ainsi que son métier se résume à la lecture de la prescription, la vérification de la posologie et la dispensation du médicament. « Je ne peux guère faire plus alors que j’aimerais exploiter au comptoir toutes mes connaissances sur la iatrogénie, proposer une alternative au médecin lorsque je constate un problème sur une ordonnance, et pas uniquement l’appeler pour savoir quel médicament donner au patient. »

Autre frein selon lui : l’impossibilité d’avoir accès aux données du patient. « Les textes de loi nous donnent l’accessibilité au dossier médical partagé (DMP), mais nos logiciels ne sont toujours pas à jour. » Des obstacles qui enferment le pharmacien dans un fonctionnement « qui ne correspond pas à ses compétences, à son niveau de formation », estime-t-il, avant de souligner : « Nous sommes la profession la plus diplômée à être accessible sans rendez-vous, pour dispenser des conseils gratuitement. Il faut que cela change afin de mettre en valeur notre acte intellectuel, peut-être en rémunérant moins la dispensation du médicament, mais davantage les conseils et l’analyse de l’ordonnance. Je ne remettrai jamais en cause le diagnostic d’un médecin, mais je veux pouvoir lui faire gagner du temps en m’occupant de la prescription. » Il faut donc, selon lui, « créer un lien de confiance avec les médecins, afin que l’on puisse, sur un territoire donné, compter les uns sur les autres et sur les compétences de chacun ». Le travail en interprofessionnalité prend, alors, tout son sens.

Sensibilisé à cette approche des soins pendant ses études – sa thèse portait sur la mise en place d’un protocole pluriprofessionnel de soins de premier recours pour la prise en charge de la rhinopharyngite –, il en est aujourd’hui un fervent défenseur. « L’interprofessionnalité est indispensable pour une prise en charge de qualité, car elle permet de mettre en perspective les connaissances et les expériences des professionnels de santé impliqués. » Ainsi, depuis son installation comme pharmacien adjoint, il fait partie de la MSP du Migennois : « Je ne me vois pas exercer mon métier sans partager avec les médecins, les infirmières, les kinésithérapeutes, avec qui nous échangeons beaucoup pendant les réunions de concertation. » Une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) est également en cours d’élaboration : « Nous devions présenter le projet à l’ensemble des acteurs du territoire en mars, mais la réunion a été annulée en raison de la crise sanitaire, fait-il savoir, précisant que l’épidémie de Covid-19 a eu un impact organisationnel sur l’officine. Nous avons complètement modifié notre façon d’exercer, pour respecter les gestes barrières et éviter toute contamination. Et avons développé les dispensations à domicile. »

Investi dans l'interpro

Cette pluriprofessionnalité dans la prise en charge du patient s’exprime à travers le cercle de qualité mis en place sur son territoire(2). Un dispositif qui consiste à organiser des échanges entre des médecins et des pharmaciens, en vue d’améliorer la coordination des soins et des prescriptions médicamenteuses. « Au cours de nombreuses réunions thématiques organisées sur l’année, nous cherchons à établir un consensus autour de pratiques visant à optimiser la prise en charge thérapeutique des patients. » Il a ainsi proposé à la pharmacienne de la PUI du centre hospitalier de Joigny d’y participer, permettant de nouer des liens ville-hôpital. Depuis, Thomas Petit participe à la sous-commission du médicament et des dispositifs médicaux stériles de l’établissement. « Elle m’a aussi proposé un projet sur l’analyse des événements indésirables associés aux soins en milieu ambulatoire, et nous essayons de mettre en place un dispositif sur la conciliation médicamenteuse en sortie d’hospitalisation. »

Les cercles de qualité sont développés par plusieurs pharmaciens, dont l’ancienne directrice de thèse de Thomas Petit. Ensemble, ils réfléchissent à un autre projet : mettre en place une permanence d’un pharmacien, au sein d’une MSP, pour venir en appui aux professionnels de santé en matière de pharmacovigilance, d’aide à la prescription ou de mise à jour des connaissances sur le médicament. « Le pharmacien pourrait ainsi être vraiment acteur de l’équipe de soins. » Ce projet lui tient à coeur et l’amène à réfléchir à son avenir professionnel. Car pendant longtemps, son objectif était de devenir pharmacien titulaire. « Avec le recul, je me rends compte que la gestion d’une entreprise peut être lourde et stressante. Et surtout, on n’a plus le temps pour développer des actions que je souhaiterais justement mettre en place pour exercer mon métier comme je le souhaite. C’est aujourd’hui ma priorité. »

1. Il a été introduit par le 12e avenant à la convention pharmaceutique, entré en vigueur le 17 mars 2018. Et concerne tous les patients de plus de 65 ans prenant au moins cinq molécules prescrites pour une durée d’au moins six mois. Objectif : lutter contre la iatrogénie, répondre aux interrogations des patients et favoriser l’observance.

2. Voir Le Concours médical, mai 2019 et mai 2020.

 

Bio express

Septembre 2012 :intègre la Paces à l’université de Dijon

2018 : découvre la pharmacie québécoise lors d’un voyage d’études à Québec

2018 : devient docteur en pharmacie et adjoint au sein d’une pharmacie d’officine à Migennes

2018 : met en place des cercles de qualité sur son territoire

2019 : lance, avec plusieurs professionnels de santé, le projet de CPTS Centre Yonne

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