« La biologie médicale n’était pas un choix du coeur, elle l’est devenue, reconnaît Francis Guinard. À l’origine, je voulais faire médecine, mais à l’époque, j’avais une santé fragile, et mes parents m’ont conseillé de faire pharmacie, les études étant plus courtes. J’ai un peu regretté car il s’est avéré, au fil des années de fac, que la médecine m’intéressait beaucoup plus. » En quatrième année de pharmacie, il choisit donc la biologie médicale, la discipline la plus médicale de la filière. « J’ai ensuite poursuivi mes études par un internat au CHU de Tours, qui n’était pas obligatoire en 1978. Cela m’a permis d’obtenir une expérience hospitalière très bénéfique car j’étais en contact avec des patients et des praticiens des autres disciplines. » Il termine ensuite son dernier CES, celui d’immunologie, à la faculté de médecine de Nantes avec un stage à l’Établissement français du sang de Poitiers, tout en travaillant au sein d’un laboratoire de biologie médicale à Bourges.

Entre fusion et ascension

« En août 1982, à la fin de mon internat et avant l’obtention de ce dernier CES, j’ai été recruté par ce laboratoire de biologie médicale. À l’époque, de nombreux laboratoires commençaient à être créés, la discipline était en pleine croissance, et les biologistes très recherchés. » Cette proposition acceptée, il fait les premiers pas de sa carrière dans cette ville du Cher. Et deux ans après ses débuts, Francis Guinard devient associé. « C’est ce que je souhaitais depuis la validation de mon diplôme. J’ai également toujours voulu exercer en libéral afin d’avoir la maîtrise totale de mon outil de travail, de mes investissements, de mon matériel, de la gestion de ma vie, de mes horaires… sans avoir à en référer à une hiérarchie. »

Jusqu’en 1997, il travaille avec deux associés, avant la cessation d’activité de l’un d’eux. Les deux associés rachètent donc, chacun, la moitié des parts du collègue sur le départ, et fonctionnent en binôme, avec une directrice adjointe salariée pendant une dizaine d’années. En 2007, ils initient une fusion avec la plupart des laboratoires de biologie médicale de Bourges. « Quelques années avant l’ordonnance de 2010, qui a réorganisé la biologie médicale, j’ai pressenti qu’il y avait trop de laboratoires de biologie médicale en France. La qualité n’était pas toujours au rendez-vous... Mais avec le regroupement de nos moyens, outre la productivité, la qualité des examens réalisés allait être améliorée. »

Plusieurs laboratoires de biologie médicale de l’agglomération acceptent la fusion, dont deux des plus importants de la ville, et construisent, en 2008, un plateau technique commun. Désormais, ils sont sept biologistes associés à travailler avec plus de 70 salariés. L’ensemble des sites ont néanmoins été maintenus, indispensables pour garantir l’accès aux soins à la population car « ces laboratoires reçoivent les patients pour les prélèvements. Et nous avons mis en place un système de collecte qui les achemine au plateau technique pour les analyser. »

L’ordonnance du 13 janvier 2010 relative à la biologie médicale a, par ailleurs, imposé l’accréditation – un cahier des charges et un impératif de qualité à respecter – ayant pour conséquence la concentration du secteur, « indispensable pour répondre aux exigences, parallèlement à la baisse tarifaire constante de nos actes, regrette Francis Guinard. Nous l’avons vécu difficilement, car les contraintes étaient fortes. Néanmoins, cette exigence est indispensable pour la crédibilité de la profession et elle a eu le mérite de placer tous les laboratoires sur un même niveau de qualité. »

Un engagement syndical

En parallèle, Francis Guinard s’engage pour sa profession. « Dès 1984, je me suis syndiqué à l’Association des pharmaciens directeurs de laboratoires d’analyses biologiques. C’était important pour moi, afin de me tenir informé des évolutions au sein de la profession mais aussi pour permettre sa représentation au niveau des tutelles. » D’abord délégué départemental, il intègre le conseil d’administration de ce qui deviendra, en 2010, le Syndicat des biologistes (SDB), puis son bureau en 2017.

Entre-temps, la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) de 2009 acte la création des unions régionales des professionnels de santé (URPS), qui « nous ont ouvert la voie vers un vrai travail en interpro » car « jusqu’à présent, les ponts entre les professions étaient pratiquement inexistants ». Une action d’autant plus prégnante en Centre Val-de-Loire car les URPS ont fondé une fédération « qui fonctionne ! ». « Depuis 2013, nous avons l’habitude de mener des actions communes entre professions », explique-t-il, précisant que le bureau se réunit mensuellement.

Et fin 2016, lorsque les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) arrivent dans le paysage sanitaire, mises en place par la loi santé de Marisol Touraine, la région Centre, fief de la ministre, devient la région pilote. « Nous avons rapidement mis en place des CPTS sur l’ensemble du territoire », fait-il savoir.

Servir la profession « via » les CPTS 

En tant que président de l’URPS des biologistes, Francis Guinard est intégré au sein du bureau de la CPTS du pays de Bourges. « Ces organisations ont tout leur intérêt dans le paysage sanitaire car elles permettent aux professionnels d’échanger et de construire ensemble. » Et les avantages sont nombreux : davantage de visibilité pour les professionnels de santé à l’échelon local, meilleure organisation des soins, développement des échanges avec les structures hospitalières… « Sur ce dernier point, ce n’est pas encore parfait, mais nous nous réunissons avec l’équipe du CH de Bourges deux ou trois fois par an pour mettre en place les lettres de sortie d’hospitalisation, les courriers de pré-admission, organiser la prise en charge à la sortie de l’hôpital ou diminuer le recours systématique aux urgences. »

Organisation d’un accès aux soins non programmés, accès facilité à un médecin traitant malgré une démographie médicale parmi les plus basses du territoire, déploiement d’actions de prévention et de formation, meilleur accueil des jeunes praticiens… La CPTS travaille aussi à l’usage renforcé du logiciel d’échanges entre professionnels et elle a contribué à l’amélioration de la prescription aux infirmières, aux orthophonistes et aux pharmaciens. « Nous organisons des soirées d’échanges afin de ne plus exercer en silo. Nous avons travaillé, entre autres, à l’amélioration du dépistage de la maladie rénale chronique et du diabète. C’est important car il faut que la prise en charge du patient soit plus efficiente, comme le demandent nos tutelles. »

Aujourd’hui, 160 professionnels sont regroupés au sein de la structure, soit environ la moitié des soignants du secteur couvert par la CPTS pour un bassin de population de 120 000 habitants. « J’ai insisté auprès de tous les biologistes pour qu’ils adhèrent à la CPTS de leur secteur, mais ce n’est pas encore le cas dans toutes les régions, regrette-t-il. C’est aussi à eux d’en prendre l’initiative. S’ils restent dans leur laboratoire, sans projet commun et sans échange avec les autres professionnels, ils perdront toute la dimension médicale de notre profession. » Avant de conclure : « J’ai toujours aimé mon métier, et je n’ai jamais eu de regrets, encore moins à mon âge. Il faut toujours voir devant soi et anticiper. Aujourd’hui, c’est avec l’interprofessionnalité que j’envisage l’évolution de ma profession. »

Bio express

1973 : première année d'études de pharmacie

1979 : internat de biologie médicale

1984 : devient associé au sein d'un laboratoire de biologie médicale à Bourges et s'engage syndicalement

2007 : lance une série de fusions avec d'autres laboratoires

2013 : devient président de l'URPS des biologistes du Centre-Val-de-Loire

2017 : devient membre du bureau du SDB

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