« Je suis devenue coordinatrice parce que l’occasion s’est présentée, lance Edwige Genevois. J’avais fait le tour du poste que j’occupais à l’hôpital, et puis, j’aime être portée par de nouveaux projets... » C’est un médecin libéral de l’hôpital de proximité de Tournus (Bourgogne-Franche-Comté) où elle travaille d’abord comme secrétaire médicale qui lui fait part de son projet de MSP. « Nous sommes en 2008, les contours des maisons de santé pluriprofessionnelles n’en sont qu’à leurs prémices », rappelle-t-elle. Le médecin, précurseur, est alors à la recherche de compétences managériales. « Il emploie des mots forts, parle assez rapidement de responsabilités associées au poste de coordination. Il m’a aussi fait part de ses difficultés, notamment sur les volets administratifs, et de son besoin d’être secondé. » Elle n’hésite pas longtemps avant de se lancer.

Première étape : en parallèle de son emploi à l’hôpital, accompagner les professionnels de santé libéraux impliqués dans le projet de MSP. Elle leur apporte de la méthodologie lors de la rédaction du projet, adopte une posture de conseil, pointe les avantages et inconvénients de chaque proposition pour leur permettre de choisir l’orientation qui leur convient, fait des recherches pour trouver une structure juridique à leur regroupement, qui n’existe pas à l’époque. « Ils voulaient déjà tout mutualiser autour d’un projet de santé commun : les locaux, les moyens humains et le matériel. Ce qui équivaut à une vision avant-gardiste du mode d’exercice. Mais nous étions un peu isolés dans cette démarche. » Il lui faut tout trouver et inventer. « Une fois dans le grand bain, j’ai fait appel à des compétences assez innées. » Avant de rappeler qu’au poste de coordination, il est nécessaire d’avoir du bon sens, une organisation sans faille et une bonne dose de confiance en soi.

Un double engagement

Le bouche-à-oreilles aidant, « en 2012, un médecin de Romenay, un village situé à quelques kilomètres de Tournus, m’a proposé le poste de coordinatrice au sein de leur future maison de santé », rapporte Edwige Genevois, qui hésite, étant déjà très investie à la MSP de Tournus. Elle se laisse pourtant convaincre d’assister à la première réunion d’équipe. « J’ai rencontré des professionnels qui, pour partie, n’étaient pas convaincus de la plus-value du travail coordonné. Le médecin leader avait compris la nécessité de s’orienter vers ce type de structure pour garantir une pérennité de l’offre de soins. Mais la concrétisation s’avérait plus compliquée car les autres voyaient plus de contraintes dans ce regroupement. » Malgré tout, elle s’engage et est mise à disposition par la MSP de Tournus, à raison d’une journée et demie par semaine. « Je suis parvenue à démontrer à cette équipe l’importance de la coordination dans le fonctionnement de sa future structure. Aujourd’hui, il leur serait inenvisageable de s’en passer. C’est ma plus belle réussite professionnelle ! »

En parallèle, la MSP de Tournus ouvre ses portes en avril 2012. Il faudra environ deux ans à l’équipe pour structurer son organisation interne. « Le vivre et travailler ensemble est un long apprentissage pour lequel la coordinatrice a toute sa place. Il faut parvenir à coordonner des professionnels habitués à un mode de fonctionnement jusqu’alors individuel. Ce n’est pas toujours aussi simple, les personnalités de chacun jouent pour beaucoup. » D’ailleurs, conscients que le travail en coordination ne leur correspond pas, certains soignants ont quitté la structure. « Il est d’autant plus important, lorsque de nouveaux professionnels souhaitent rejoindre la MSP, de leur expliquer les contours de l’exercice en pluriprofessionnalité et s’assurer que l’approche répond à leur projet. » C’est là une de ses missions, parmi d’autres…

Outre la gestion courante et juridique de la structure, le suivi du budget, la comptabilité, la gestion du système d’information et des ressources humaines, les actions de formation, Edwige Genevois assure également l’accompagnement des réunions d’équipe, la mise en oeuvre du projet de santé, notamment dans la recherche de financements, le suivi des indicateurs et l’évaluation des actions de santé, la réalisation des bilans d’activité, ou les relations avec les partenaires extérieurs. Des missions qu’elle peut remplir grâce à la confiance des deux équipes. N’ayant aucun enjeu professionnel et financier au sein des MSP, elle bénéficie aussi d’une crédibilité dans l’accompagnement des professionnels. « Ils savent que les propositions que j’amène autour de la table sont désintéressées et visent à faire fonctionner au mieux la structure. »

L'impulsion d'une dynamique

La mission n’est pourtant pas de tout repos. « Lorsqu’on choisit d’être coordinateur, il faut accepter d’apprendre tous les jours. Les formations qui émergent constituent de formidables outils. » Elle a d’ailleurs suivi, en 2017, la formation Pacte, assurée par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à destination des coordinateurs, afin de se donner une certaine légitimité. « Je voulais disposer d’outils et m’assurer d’être dans le vrai par rapport au travail que j’accomplis au sein des équipes », reconnaît celle qui est aujourd’hui formatrice relais en Bourgogne-Franche-Comté. Les qualités d’un coordinateur ? Faire preuve d’adaptabilité, accepter que l’équipe ait besoin de temps pour acquérir la maturité nécessaire pour aller plus loin, tout en gardant en tête la vision du projet de santé. « Il faut savoir écouter et, en miroir, être un bon communicant pour aider à la prise de décision. »

En 2018, la MSP de Tournus connaît une crise interne. « C’était éprouvant émotionnellement, mais c’est, à mon avis, incontournable dans la vie en équipe. Cette crise, qui fait gagner en maturité, ne doit pas être considérée comme un échec. » En s’appuyant sur une meilleure communication au sein de l’équipe, et les compétences d’un coach et d’un cabinet d’avocats pour valider la structuration de l’organisation, l’équipe a su se reconstruire sur des bases neutres et saines. « J’ai beaucoup appris sur moi-même et ma capacité de résilience durant cette période, analyse Edwige Genevois, convaincue que l’organisation pluriprofessionnelle permet de répondre aux nombreux défis de santé et aux crises sanitaires. Cette organisation favorise l’intelligence collective et la capacité à faire converger toutes les connaissances et le savoir-faire de chacun vers un but commun. Mais pour que cela fonctionne, il faut savoir être réactif aux évolutions de santé et impulser une dynamique. Mission qui relève de la fonction de coordinateur, qui a l’avantage de pouvoir prendre de la hauteur et, ainsi, d’avoir une vision plus globale. »

Bio express

2001 : secrétaire médicale au sein de l’hôpital de proximité de Tournus

2009 : formation en management et ressources humaines à Chalon-sur-Saône

2010-2011 : accompagnement et conseils au projet de la MSP du Tournugeois (Tournus), puis coordinatrice

2012-2013 : accompagnement et conseils au projet de MSP à Romenay, puis coordinatrice

Depuis 2017 : membre du conseil d’administration d’AVECsanté et membre du conseil d’administration de la Femasco-BFC

2018 : Diplômée de la formation Pacte

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