« Mon père était médecin, tout comme mon grand-père. J’ai baigné dedans ! », s’amuse Jean-Pierre Gallet, installé dans les bureaux parisiens des Chirurgiens-dentistes de France*, syndicat dont il est le président départemental en Indre-et-Loire. La convivialité est tout de suite au rendez-vous. Si le chirurgien-dentiste n’a pas suivi la voie tracée par ses aînés, c’est parce que le dentaire offrait une dimension manuelle, sorte de + supplémentaire à la seule approche médicale. « Et puis, en tant que dentiste, on réalise un plan de traitement. Quand on commence des soins, on accompagne le patient jusqu’au bout, dans la mesure du possible… C’est ce qui me plaît. »

Première année de médecine à Poitiers, puis faculté dentaire à Nantes. Très vite, Jean-Pierre Gallet s’intéresse à la déontologie et à l’éthique, également par atavisme, car « il y avait des juristes dans ma famille ». Un travail de réflexion qui l’amène à étudier l’économie de la santé : il suit ainsi un DEA à l’université Jean-Moulin Lyon-3 en parallèle de son service militaire à Poitiers. Et passe une thèse de doctorat en économie de la santé au Centre de recherche, d’études et de documentation en économie de la santé (Credes) – devenu l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) – et intègre le Collège des économistes de santé, où il est d’ailleurs le seul chirurgien- dentiste libéral. « J’ai toujours été passionné par l’anticipation, c’est ce qui m’a conduit à faire de l’économie de la santé. Car si on veut avoir son libre arbitre, il faut être capable d’anticiper. »

Avril 1986. Il s’installe, à la fin de ses études, à Chinon, pour reprendre un cabinet dentaire isolé. « Il y avait déjà beaucoup de chirurgiens-dentistes qui exerçaient en ville, les seules places à prendre étaient en milieu rural, et je cherchais un mode de vie différent », reconnaît-il. Une envie aussi d’apporter une offre de soins au plus près des patients. Dès son installation, il adhère à la Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD)* par envie de défendre son exercice professionnel. « Ce syndicat correspondait déjà à l’époque à mes opinions. La parole y est libre, on peut défendre notre point de vue, débattre pour construire et évoluer. » Cette réflexion sur l’offre de soins mûrit en parallèle de son exercice libéral. Il s’intéresse aussi à la médicométrie régionale, une approche qui évalue et prévoit les impacts économiques, sociaux et spatiaux de la filière santé. Un intérêt qui se traduit concrètement par la création, au sein de l’Association dentaire française (ADF), d’une commission d’économie de la santé, pour s’interroger sur le système de santé.

À la même période émerge en France la politique d’évaluation médicale des pratiques professionnelles, avec la création de la Société française d’évaluation des soins et des technologies (Sofestec) qui, après plusieurs reconfigurations, aboutira à la Haute Autorité de santé (HAS). Jean-Pierre Gallet s’engage dans ces organismes. « C’est enrichissant car, dans ces instances, les questionnements sont plus larges que le dentaire. Tous nos échanges nous amènent à réfléchir collectivement à la prise en charge des patients, à essayer de comprendre le renoncement aux soins, l’éducation des patients... »

Place aux jeunes 

Sa réflexion ne s’arrête pas à l’évocation de grands constats abstraits, car Jean-Pierre Gallet la traduit dans son territoire marqué par la désertification médicale. « Si on veut implanter des professionnels de santé dans les zones désertifiées, il ne faut pas y réfléchir six mois avant le départ en retraite des praticiens. » Sa solution ? « Faire de la place aux jeunes et, pour les convaincre de venir, leur donner du pouvoir économique et décisionnaire. Ce n’est pas évident, mais j’ai décidé de le faire. » Avec leur projet de maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) initié il y a cinq ans, Jean-Pierre Gallet et l’un de ses confrères, spécialisé dans les interventions sous anesthésie générale, sont parvenus à attirer deux jeunes chirurgiens-dentistes. Des médecins, des infirmières, des pédicures-podologues, des kinésithérapeutes, des diététiciens, des sages-femmes ont, par la suite, rapidement adhéré au projet. Finalement, c’est un pôle de santé pluriprofessionnel, organisé sur trois sites, qui voit le jour en 2020 après six années de travail. Deux des trois sites sont des agrandissements de structures déjà existantes. Quant au troisième, dédié au plateau technique dentaire, il doit entièrement être construit. La première pierre a d’ailleurs été posée mi-février.

En attendant, les quatre chirurgiens-dentistes s’organisent. « Nous exerçons sur deux sites, dans mon cabinet et sur le plateau chirurgical. Nous avons embauché quatre assistantes dentaires, et nous avons un secrétariat déporté. » Le quatuor a aussi fondé une société d’exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) au sein de laquelle ils sont tous les quatre associés à hauteur de 25 %. « La Selarl a racheté les deux patientèles des seniors pour que nous soyons tous à égalité, et nous faisons masse commune des honoraires pour nous rémunérer à l’identique. »

D’une seule voix

Jean-Pierre Gallet a été moteur du projet de pôle de santé. « Ils sont venus me chercher » quand, il y a trois ans, la fédération des unions régionales des professionnels de santé (URPS) Centre-Val de Loire a souhaité se lancer dans la constitution des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Le voilà donc embarqué dans ce projet, qui a donné naissance à l’une des premières structures labellisées de France, la CPTS de la Rabelaisie, créée en février 2018, dont il est le président. « Je suis engagé dans de nombreux projets. Ce qui nécessite une réflexion à 360 degrés sur les sujets, d’autant plus qu’ils sont tous liés. On s’est lancé dans le pôle de santé parce que la CPTS était en cours. Et dans tous ces projets, ce sont toujours les mêmes professionnels de santé, élus, députés, sénateurs, responsables d’ARS qui sont impliqués, et nous travaillons tous dans le même sens car nous n’avons pas le choix : il faut permettre un meilleur accès aux soins aux patients. L’objectif est la pluriprofessionnalité, afin d’attirer les jeunes et faire en sorte que les libéraux gardent la gouvernance des outils qui structurent les territoires. »

D’ailleurs, le collectif régional des CPTS, la fédération des URPS et la Fédération des maisons et pôles de santé Centre-Val de Loire ont décidé de créer une structure régionale commune afin de parler d’une seule voix face à l’Assurance maladie et l’ARS. Jean-Pierre Gallet a également appuyé la création d’une antenne universitaire dentaire au CHR d’Orléans et la création de la future faculté dentaire à Tours. « Les chirurgiens-dentistes de la CPTS deviendront maîtres de stage afin d’accueillir des stagiaires, toujours dans cette optique d’attirer les jeunes sur notre territoire », défend-il. À 63 ans, Jean-Pierre Gallet n’a rien perdu de sa passion pour son métier : « C’est le contact avec le patient qui me plaît le plus. J’ai toujours plaisir à prendre mes premiers rendez-vous à 7h40 quand le reste de l’équipe n’est pas encore arrivé au cabinet. »

*Ex Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) 

Bio express

1984 : thèse de chirurgie dentaire

1989 : thèse d’économie de la santé

1986 : installation en libéral à Chinon

2017 : labellisation par l’ARS du projet de santé du pôle de santé du Chinonais

2018 : création de la CTPS de la Rabelaisie

2020 : inauguration de deux sites du pôle de santé et pose de la première pierre du troisième site

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