« Lorsque j’étais étudiante en médecine, je n’aurais jamais imaginé être, un jour, porteuse d’un projet de santé », reconnaît le Dr Céline Casta. Installée en cabinet de groupe depuis 2012, ce médecin généraliste porte, depuis janvier 2019, le projet de la CPTS Nice Ouest Vallée – dont elle est la présidente – aux côtés des professionnels de santé du Pôle de santé multiprofessionnel des Moulins Méridia (PS3M), une MSP multi-sites installée dans un quartier prioritaire de la politique de la ville et dont fait partie son cabinet. « L’ARS nous a identifiés comme des acteurs dynamiques du territoire et nous a démarchés pour ce projet », explique-t-elle. Accompagnés par l’URPS médecins pour la rédaction du projet de santé, ils espèrent qu’il sera validé courant octobre par l’ARS et la Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM).

« L’échelle méso » de réflexion qu’impose la CPTS n’est pas évidente à appréhender, reconnaît-elle : « Nous devons raisonner sur la santé d’un territoire de 80 500 habitants dont nous ne maîtrisons pas encore tous les contours, et mettre en oeuvre concrètement les missions socles assez génériques de l’accord conventionnel interprofessionnel (ACI). » Pour réfléchir aux orientations du projet de santé, les professionnels s’appuient sur un diagnostic de territoire qui s’enrichit progressivement de données de santé objectives issues des tutelles. « Pour l’heure, nous ne regroupons pas encore tous les professionnels du territoire. Le groupe qui est déjà constitué doit cependant avancer, conscient que ce projet n’est pas encore celui de la majorité. »

Les engagements et les actions de la CPTS seront ensuite enrichis, notamment grâce à l’adhésion future des professionnels. D’ailleurs, une partie du rôle du médecin généraliste consiste à démarcher les futurs membres de l’équipe. Une approche avec laquelle elle n’est pas toujours à l’aise, car elle se sent « un peu » comme un homme politique en campagne ! « J’ai toujours voulu travailler en pluriprofessionnalité, mais je ne pensais pas avoir la stature pour porter de tels projets. En revanche, une fois installée, grâce à nos différentes expériences et à tout ce qu’on apprend sur le terrain, il devient assez facile de penser à l’amélioration de l’accès aux soins et des parcours de soins, en collaborant avec les autres professionnels. »

Impulser une dynamique

Bien avant de s’investir dans ce projet de CPTS, Céline Casta a fait ses armes avec la mise en place de la MSP multi-sites. Lors de son installation, en 2012, avec ses trois confrères du cabinet de groupe – où d’ailleurs elle a effectué son stage autonome en soins primaires ambulatoire supervisé (Saspas) – commence à naître l’idée d’une maison de santé… « Un des professionnels du cabinet, qui était directeur du département de médecine générale de Nice, allait bientôt partir à la retraite et m’a proposé de collaborer à la mise en place d’une MSP, afin d’impulser une dynamique entre professionnels du quartier et continuer d’assurer les soins de ses patients. » Elle devient co-porteur du projet… mais tout reste à construire, car ils ne sont que quatre médecins dans un cabinet médical monoprofessionnel. En revanche, « l’avantage d’exercer en quartier prioritaire de la politique de la ville, c’est que nous nous connaissons bien entre professionnels de santé du territoire. » Rapidement, le contact est pris avec le cabinet d’infirmières libérales et les pharmaciens d’officine. Un triptyque sur lequel se construit la future MSP.

« Notre objectif était de faciliter l’accès aux soins, de promouvoir l’éducation en santé, de réfléchir à la délégation de tâches, de fluidifier les parcours, de prendre davantage de patients en charge, avec une meilleure qualité des soins… » Le diagnostic de territoire permet d’affiner les ambitions de chacun. Et ensemble, ils décident de créer une structure multi- sites. Mais une problématique se pose : comment et où organiser les réunions de coordination ou encore les ateliers d’éducation thérapeutique ? « Comme on est situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, nous avons pu bénéficier d’une aide de la métropole Nice Côte d’Azur qui a fait construire des locaux. Nous disposons donc aujourd’hui d’une grande salle de réunion et de trois salles de consultation, au coeur du quartier. »

La dynamique est lancée : association, société interprofessionnelle de soins ambulatoires (Sisa), signature de l’ACI en 2018… « Nous avons très vite mis en place de nombreuses actions pour pallier les problèmes du territoire concernant notamment les inégalités de santé en termes de prévention et de dépistage, l’obésité, l’addiction, l’accès aux soins, les prises en charge de certaines maladies chroniques comme le diabète. » Des associations de quartier sont intégrées au projet afin de véhiculer des messages de santé publique auprès des habitants et les « rendre davantage acteurs de leur santé ». D’une dizaine de professionnels à ses débuts, la maison de santé en rassemble aujourd’hui une vingtaine. « Mais nous ne pourrons pas vraiment nous étendre davantage car notre territoire est spécifique au quartier prioritaire », précise-t-elle.

Enseigner en mono ou en interpro

L’exercice en cabinet de groupe lui a ouvert d’autres opportunités, notamment celui de l’enseignement. « Deux des trois médecins généralistes du cabinet sont universitaires et, en exerçant à leurs côtés, ils m’ont donné l’envie de suivre leurs traces. La médecine générale possède ses spécificités, comme l’approche globale et centrée patient, qui doivent être enseignées par des médecins généralistes libéraux, et non des spécialistes d’organes. »

En 2012, Céline Casta est nommée chef de clinique des universités, avant de devenir, en 2016, maître de conférences associée. Ce qui lui donne accès à l’enseignement et à la recherche. « Le fait d’être universitaire est un vrai plus car je croise des confrères hospitaliers, ce qui me permet de créer des passerelles plus facilement pour la CPTS et de réfléchir ensemble à des parcours patients. » Des enseignements en interprofessionnalité ont aussi été mis en place avec l’école des sages-femmes et l’Institut de formation en soins infirmiers (Ifsi). « Il est impératif que les étudiants apprennent à travailler ensemble dès l’université, qu’ils se côtoient, qu’ils s’intéressent à leurs compétences respectives… Un avantage pour leur exercice futur. »

Elle souhaite également profiter de cette casquette pour donner l’envie aux médecins de demain d’exercer la médecine générale tout en les mettant en garde que la faculté leur apporte une vision « étriquée » de la discipline : « Certes, la situation est en train de changer, mais les externes ne sont pas encore suffisamment en lien avec le monde libéral. Ils peuvent alors difficilement s’imaginer ce mode d’exercice et la médecine générale. »

Elle en a d’ailleurs fait l’expérience : rien ne la destinait à exercer en médecine générale. « La médecine est une vocation que je porte depuis mes 6 ans et je ne l’explique pas. En revanche, pour la spécialité, j’envisageais la pédiatrie ou la chirurgie ORL. » Lors des épreuves classantes nationales (ECN), « je n’ai pas compris pourquoi on nous demandait d’apprendre par coeur des données sans nous évaluer réellement auprès des patients. J’ai très mal vécu cette période. »

Deux à trois mois avant les examens, elle lâche tout. « Comme j’avais moins bien travaillé, je n’ai pas été assez bien classée pour choisir les spécialités que je voulais dans ma ville. Pour rester à Nice, j’ai fait le choix de la médecine générale. Aujourd’hui, mes étudiants savent que cet échec au concours m’a finalement permis de découvrir l’exercice de la médecine générale libérale, dans lequel je suis vraiment la plus heureuse… Je ne changerais pour rien au monde ! »

Bio express

2001 : première année de médecine à la faculté de Nice

2007 : internat de médecine générale

2012 : installation au sein d’un cabinet de groupe en quartier prioritaire de la politique de la ville à Nice

2012 : nomination comme chef de clinique universitaire puis maître de conférences associée à la faculté de Nice en 2016

2018 : signature de l’ACI pour la MSP multi-sites

2019 : présidente de la CPTS Nice Ouest Vallée

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