Les bilans partagés de médication et les entretiens pharmaceutiques (dont un nouveau module consacré aux patients traités par un anticancéreux oral*) font l’objet d’un paiement à l’acte en lieu et place de la Rosp. L’avenant n° 21 conditionne aussi, à compter du 1er janvier 2022, le versement de certaines Rosp à la participation à un exercice coordonné : ESP, MSP, CPTS ou autres formes de coordination pluriprofessionnelle capables d’apporter une réponse de proximité aux besoins de prise en charge.

Si Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, y voit « une très bonne nouvelle pour la profession au regard des avancées que représente cet avenant pour les patients », Antoine Prioux, pharmacien à Bugeat (Corrèze) et coordinateur du réseau Millesoins, est plus critique. Ce franc-tireur en est convaincu : la place du pharmacien est de faire un suivi appuyé en tant que référent sur les traitements médicamenteux pour une équipe. Mais aujourd’hui, « plus les gens sont malades, plus on gagne notre vie. On devrait être rémunéré pour notre capacité à maintenir en bonne santé les territoires. Et pour chaque tranche de risque qu’il y a à manager en santé, avec un peu de capitation, un peu de forfait, un peu d’activité pour l’aigu et un peu de performance pour la prévention », plaide-t-il. « On est plus pertinents si on travaille dans des modes transversaux et d’intelligence collective que si on reste segmentés », insiste celui qui consacrait déjà sa thèse, en 2013, au rôle du pharmacien dans les enjeux territoriaux de santé publique et innove localement avec l’association P4pillon.

Il prône ainsi la création de coopératives de pharmaciens, à l’échelon des territoires des équipes de soins coordonnés, qui seraient le reflet miroir de l’organisation territoriale des médecins et infirmières. Avec des outils juridiques et un modèle économique adaptés... « Mettre en place des protocoles de prescription des benzodiazépines en partenariat avec les médecins pour éviter les chutes des personnes âgées, cela ne profite pas économiquement. L’hypocrisie est que notre profession est obligée de mettre en place des choses qui font partie d’un maquillage de bonne conscience plutôt que de remettre en question les fondements de notre système, dépassés d’un point de vue organisationnel, et obsolètes d’un point de vue du mode de rémunération des pharmaciens, fustige-t-il. Les bilans partagés de médication sont instrumentalisés comme les énergies renouvelables dans le débat sur le développement durable. Une bonne chose en soi, mais qui, dans la forme, contient une part de poudre aux yeux. Est-ce que cela vient réellement limiter l’iatrogénie ? »

La solution passe, selon lui, par une rémunération liée à l’équipe de soins coordonnés à laquelle le pharmacien fait partie, pour le suivi des patients ayant plus de 65 ans et plus de cinq traitements médicamenteux.

* Voir Le Concours médical, novembre 2020

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